Le trou

 

 

Tu vas où dans ce costume ? / A une reconstitution. J’ouvre la route. / Tu reconstitues quoi ? / La bataille de Morat. / Vous êtes combien ? / Mille cinq cents, plus les bœufs pour tirer les boulets. / Ils sont où ? / Derrière. Ils sont ralentis par les charriots. / Tu fais quel job ? / Hallebardier. / Tu as de l’allure ! / C’est le but. Chausses à crevé, cuirasse polie… / Plumaille, bannière brodée, lance… / La lance du hallebardier, quel poids ! / Et ce truc à piques ? / Mon Morgenstern. / Un vrai ? / Un authentique. / Et autour de ton cou ? / C’est la chaine d’or. Celle qui fait trois fois le tour du cou. / On entend les fifres ! / Et toi, tu fais quoi dans cet uniforme ? / Reconstitution. / Toi aussi ? / Oui. Réduit national. / Mm. C’est plus récent ça. / Moins de pertes aussi. / Quelle division ? / Deuxième brigade de frontière. Je suis éclaireur. / Vous êtes combien ? / Infanterie, artillerie, troupes du génie… / Ah, quand même. / Aviation, défense du ciel, sanitaires. / Des véhicules ? / Quelques tanks. On a des femmes aussi. / Pas de musique ? / Non. Hormis les chants. / Ça va être compliqué pour se croiser. / Ils arrivent. / 1476, c’est quand même plus vieux que 1941. / Ou veux-tu en venir ? / Il va falloir vous replier sur le bas-côté. / Exclus ! Avec tout notre matériel ? / Pour nous non plus ça ne va pas être possible. / Avec un seul de mes tanks, je t’écrabouille un char à bœuf. / Oui, bon. Ce serait bien votre seul fait d’armes. / Tu me provoques ? Avec ton collant rayé et ta culotte bouffante ? / C’est gai et confortable quoiqu’un peu chaud en plein été. / On va sûrement y arriver en se serrant un peu. / Vous montez jusqu’où ? / Saint-Gothard. / Par cette chaleur. C’est une folie. / Regarde, tu as un trou. / Un trou ? Où ça ? / Là. C’est déchiré entre le jaune et le rouge, il faudra recoudre. / Ah, oui, on dirait bien que c’est un trou. / C’est un trou. / Tout à fait. Un trou. Un vrai trou. //

 

Wohin in diesem Aufzug? / Zu einem Reenactment. Ich bin die Vorhut. / Was führt ihr auf? / Die Schlacht von Murten. / Wie viele seid ihr? / Tausendfünfhundert, plus die Ochsen, die die Kanonen ziehen. / Wo sind sie? / Weiter hinten. Die Streitwagen halten sie auf. / Was ist deine Aufgabe? / Hellebardier. / Du machst was her! / Das ist das Ziel. Kniehosen, polierter Brustpanzer… / Federhut, besticktes Banner, Lanze… / Ganz schön schwer, so eine Hellebardistenlanze! / Und das Ding mit den Stacheln? / Mein Morgenstern. / Ein echter? / Ein authentischer. /…

Philipp Theisohn, fotografiert von Ayse Yavas.
«Der Seismograf der
literarischen Schweiz.»
Philipp Theisohn, Literaturwissenschafter,
über den «Literarischen Monat»